Le mont Baker représente-t-il un danger pour le Canada?

Aperçu

Le mont Baker
Le mont Baker, dans l’État de Washington. Photo : John Scurlock, United States Geological Survey.

Bien que plusieurs volcans potentiellement actifs se trouvent dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique, le mont Baker, situé dans l’État de Washington à 23 kilomètres au sud de la frontière entre le Canada et les États-Unis, est le volcan le plus rapproché des centres urbains des basses terres continentales de la Colombie-Britannique et de l’île de Vancouver. Par temps clair, le sommet couvert de glace du mont Baker, à 3286 mètres d’altitude, culmine à l’horizon dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique..

Le mont Baker est un stratovolcan, qui s’est édifié au fil de plusieurs milliers d’années à partir d’un mélange de lave et de débris volcaniques. Tout comme d’autres stratovolcans, il pourrait engendrer des éruptions explosives et non explosives. Le mont Baker pourrait également engendrer des glissements de terrain, des coulées de débris, et des lahars (coulées de boues volcaniques et coulées de débris volcaniques) parce qu’il comporte des versants abrupts, des fractures et des nappes d’eau souterraines, et parce qu’il est constitué de roches affaiblies par l’eau chaude et la vapeur

Qu’est-il arrivé au mont Baker dans le passé?

La majeure partie du mont Baker que l’on voit aujourd’hui s’est formée il y a 10 000 à 40 000 ans. Les roches datant des 14 000 dernières années indiquent que le mont Baker a eu peu d’éruptions explosives importantes comme celles du mont St. Helens et que ses éruptions n’ont pas été aussi fréquentes. Seules quatre périodes d’activité magmatique (éruptions de lave fraîche et pas uniquement de vapeur) se sont produites. La dernière grande éruption, qui a eu lieu il y a environ 6000 ans, a répandu des cendres volcaniques (fines particules de roche broyée) sur 70 kilomètres vers le nord-est, mais la plupart des éruptions au mont Baker ont été de moindre ampleur.

L’éruption historique la plus ancienne du mont Baker a eu lieu en 1843 sous forme d’une petite explosion qui a répandu des cendres à proximité. Plusieurs explosions de vapeur sont également survenues au milieu des années 1800.

Glissements de terrain, coulées de débris et lahars

Dépôt de l’avalanche de débris
Dépôt de l’avalanche de débris

Dépôt de l’avalanche de débris provoquée par l’éruption du mont St. Helens, dans l’État de Washington, le 18 mai 1980. Photo : United States Geological Survey

Les avalanches de débris, les coulées de débris et les lahars ont été les événements les plus fréquents et les plus destructeurs au mont Baker :

Une avalanche de débris iest un type de glissement de terrain qui se déplace à très grande vitesse et qui peut être accompagné ou non d’une éruption volcanique. Les dépôts résultant d’avalanches de débris sont courants à la plupart des grands volcans dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique.

Une coulée de débris
Une coulée de débris

Une coulée de débris plus d’un mètre de profondeur se précipite vers une station de surveillance. Photo : Jeffrey Coe, United States Geological Survey.

Une coulée de débris se présente comme une boue dense fluante, constituée de débris saturés d’eau, qui s’écoule dans une vallée et dont l’apparence et le comportement évoquent un écoulement de béton fluide. Les coulées de débris se forment lorsque des sols meubles ou des matériaux rocheux saturés d’eau deviennent instables et glissent le long des pentes. Ces coulées peuvent se déplacer lentement de quelques mètres par année ou atteindre des vitesses de plusieurs centaines de kilomètres à l’heure. Les coulées de débris tendent à se diluer au fur et à mesure qu’elles progressent vers l’aval, de sorte que ce qui était une coulée de débris peut devenir plus loin une inondation. De nombreuses coulées de débris se sont produites au mont Baker pendant le dernier siècle, et ce, sans qu’il y ait d’éruption.

Un lahar
Un lahar

Dépôt de lahar (matériaux sombres sur la neige) résultant d’une éruption du mont St. Helens, dans l’État de Washington, en 1982. Photo : Tom Casadevall, United States Geological Survey.

Un lahar est une coulée de débris ou de boue de type particulier, qui se produit lorsque les matériaux volcaniques interagissent avec la glace, la neige ou les eaux de surface. Pendant une éruption, la neige et la glace qui fondent sous l’effet de la chaleur des débris volcaniques peuvent entraîner la formation de lahars de grande dimension. Cependant, des lahars peuvent également survenir entre des éruptions lorsque des matières volcaniques non consolidées sont érodées et emportées par l’eau. Des lahars se produisent fréquemment à bon nombre de stratovolcans, particulièrement ceux qui ont une vaste couche de neige et de glace comme le mont Baker. Ils peuvent se déplacer sur de grandes distances en suivant le réseau hydrographique et peuvent être extrêmement destructeurs.

Mis à part le mont Rainier, le volume de la couverture de neige et de glace sur le mont Baker (environ 1,8 km3) est supérieur au volume combiné de tous les autres volcans de la chaîne des Cascades. Lors d’une éruption, toute cette neige et cette glace pourraient fondre et engendrer des lahars. En raison de la très grande proximité du réseau de drainage du mont Baker à la frontière canadienne, des lahars ou des inondations causées par une éruption pourraient toucher la Colombie-Britannique dans la région au nord-ouest du mont Baker : un important lahar dans la rivière Nooksack pourrait franchir la ligne de partage des eaux jusque dans la rivière Sumas à Everson (État de Washington) et, en quelques heures, causer une inondation dans la région d’Abbotsford et de Sumas Prairie. En effet, au cours du siècle dernier, des inondations liées aux conditions météorologiques ont traversé la ligne de partage des eaux de cette manière. Toutefois, des lahars de cette ampleur ne se produisent que tous les 14 000 ans, et une inondation due aux conditions météorologiques est beaucoup plus probable qu’une inondation causée par un volcan. Les mesures de précaution utilisées pour faire face à des lahars sont similaires à celles qui s’appliquent aux inondations. Si un lahar ou une inondation de grande ampleur devait se produire, des signes avant-coureurs d’une éruption donneraient au personnel des services d’urgence le temps d’avertir les personnes qui résident dans les basses terres menacées.

De quelle manière les cendres volcaniques d’une éruption du mont Baker pourraient-elles affecter le Canada?

cendres volcaniques remobilisées
cendres volcaniques remobilisées

Visibilité réduite en raison de cendres volcaniques remobilisées pendant une éruption du volcan Redoubt en 2009, en Alaska. Photo : Kristi Wallace, United States Geological Survey/ Alaska Volcano Observatory.

Comparativement à plusieurs autres volcans de la chaîne des Cascades, les éruptions explosives du mont Baker qui rejettent des cendres volcaniques sont moins fréquentes, mais représentent néanmoins un danger possible. Il est improbable qu’une importante éruption explosive se produise. Les données météorologiques indiquent que la région la plus susceptible d’être touchée par des pluies de cendres volcaniques en provenance du mont Baker est située franc est du volcan, de sorte que la possibilité qu’une de ces retombées s’étende directement sur Vancouver est faible. Toutefois, le risque est beaucoup plus grand que des cendres volcaniques retombent dans la partie est de la vallée du Fraser. Heureusement, en tout temps, seule une étroite région risque d’être touchée et, dans l’ensemble, la probabilité d’une chute de cendres volcaniques n’importe où en Colombie-Britannique est somme toute très faible..

Pendant une éruption explosive du mont Baker, toutes les cendres volcaniques qui retomberaient au sol pourraient endommager des appareils ou de la machinerie, particulièrement ceux qui nécessitent un filtre à air, notamment des automobiles, des ordinateurs et des climatiseurs. Certaines pièces d’équipement de distribution d’énergie pourraient faire défaut, donnant lieu à des pannes d’électricité et les cendres pourraient également avoir une incidence sur les services téléphoniques. La visibilité réduite et les accumulations de cendres glissantes sur les routes peuvent rendre la conduite difficile, voire plus dangereuse. Les services médicaux pourraient subir une hausse du nombre de patients présentant des symptômes respiratoires et oculaires. Des masques antipoussières pourraient être nécessaires aux endroits où les concentrations de cendres seraient élevées. Le nettoyage des cendres pourrait exiger beaucoup de temps. Il est probable que des perturbations du transport aérien se produisent, même dans des zones où aucune retombée de cendres au sol n’a eu lieu, comme ce fut le cas pendant l’éruption du volcan Eyjafjallajökull (Islande) en 2010.

Que se passe-t-il au mont Baker aujourd’hui?

Fumerolles
Fumerolles

Fumerolles dans le cratère Sherman au mont Baker (État de Washington). Photo : John Scurlock, United States Geological Survey.

En 1975, l’activité aux fumerolles (évents de gaz chauds) dans le cratère Sherman du mont Baker a suscité des inquiétudes quant à une éruption imminente. En réponse à ces préoccupations, du matériel de surveillance supplémentaire a été installé et plusieurs levés géophysiques ont été réalisés afin de détecter le mouvement du magma sous la terre. Le niveau du lac Baker a été abaissé et l’accès à la région a été limité en raison de la possibilité qu’une avalanche ou une coulée de débris provoquée par une éruption puisse se déverser dans le lac Baker et déplacer un volume d’eau suffisant pour entraîner une vague de débordement par-dessus le barrage Baker d’amont, voire une rupture du barrage. Toutefois, il n’y a eu aucun signe (par ex., une activité sismique accrue) d’une remontée de magma dans le volcan.

Des émissions soutenues des fumerolles se sont poursuivies depuis les années 1970, mais il n’y a aucune autre indication d’une reprise du volcanisme. Des activités de surveillance et de recherche sont en cours et portent sur l’histoire, les éruptions possibles et les risques de glissement de terrain au mont Baker.

Y aura-t-il des signes avant une éruption du mont Baker?

Station de surveillance sismique
Station de surveillance sismique

Station de surveillance sismique avec panneaux solaires, au mont St. Helens. Photo : A. Barsotti, United States Geological Survey.

La plupart des éruptions volcaniques sont précédées par des signes avant-coureurs des jours, des semaines, des mois, voire des années à l’avance, notamment sous forme de plusieurs petits séismes, de déformation du terrain et d’émissions de gaz volcaniques (vapeur d’eau, dioxyde de soufre, dioxyde de carbone ou d’autres gaz). Une surveillance du mont Baker est exercée par le Pacific Northwest Seismic Network, qui reçoit en continu des données d’un réseau de sismomètres situé dans les États de Washington et de l’Oregon. Le Cascades Volcano Observatory de la commission géologique des États-Unis (USGS) surveille également les volcans dans cette région. S’il y avait des signes d’activité au mont Baker, des efforts additionnels seraient entrepris pour surveiller l’activité sismique, la déformation du terrain et les émissions de gaz.

Le plan de coordination pour le mont Baker et le pic Glacier (Mount Baker – Glacier Peak Coordination Plan) sert de plan directeur pour réagir à une éruption volcanique du mont Baker ou du pic Glacier, afin que les organismes de planification des mesures d’urgence, tant aux États-Unis qu’au Canada, puissent obtenir de l’information exacte en temps opportun avant et pendant les éruptions

La préparation peut nous aider à réagir à toute possibilité de catastrophe naturelle et les préparations que nous faisons en cas d’inondation, de séisme et de violente tempête nous seront utiles si nous avons à faire face à une éruption du mont Baker ou de tout autre volcan. Éventuellement, le mont Baker entrera de nouveau en éruption (peut-être pas au cours de notre vie), mais il est peu probable qu’une importante éruption se produise sans qu’il y ait des signes avant-coureurs.